Deux hommes main dans la main, ça fait encore sursauter
Selon un sondage mené pour Unia, ce sont les hommes et les francophones les moins tolérants.
- Publié le 14-05-2016 à 16h59
- Mis à jour le 14-05-2016 à 17h00

La Belgian Pride débarque ce samedi pour sa 21e édition dans les rues de Bruxelles. Quelques jours plus tard, le 17 mai, ce sera la Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie. Unia, le Centre interfédéral pour l'égalité des chances, marquera le coup en déambulant avec des ballons, des slogans et une nouvelle campagne visant à faire éclater les préjugés généralement associés aux lesbigays (lesbiennes, bisexuels et gays).
Au quotidien, l'ouverture aux homosexuels ne va pas encore de soi, que ce soit dans le monde du travail, à l'école ou dans le sport. A la demande d'Unia, l'institut iVox a sondé, en ligne, un échantillon représentatif de 1 000 Belges sur la perception sociale de l'homosexualité.
De manière générale, si les répondants se montrent plutôt tolérants, l'acceptation reste compliquée dans certains groupes.
1. Evolution positive. Soixante pour cent des sondés disent n'avoir aucun problème avec les homosexuels. Près de 9 répondants sur 10 (88 %) s'offusqueraient qu'un ami traite deux homosexuels de "sales pédés" en leur présence. Pour Patrick Charlier, le directeur d'Unia, ces résultats montrent une évolution encourageante. "Le regard sur les personnes homosexuelles est globalement positif. Cette acceptation n'a pas été acquise toute seule : elle s'est construite grâce au travail des associations de défense des droits des lesbigays et des politiques menées au cours des 20 dernières années." Les lois sur l'adoption et le mariage par des couples de même sexe illustrent cette évolution, prolonge M. Charlier.
2. Il reste 5 à 8 % de personnes ouvertement homophobes. L'enquête montre que ce sont surtout des hommes et des francophones. Exemple : 6 % des sondés (dont 13 % de francophones et… 2 % de Flamands) déclarent qu'ils auraient des problèmes si leur patron débarquait avec son copain à une fête du personnel. Autre exemple : 8 % disent préférer ne pas avoir d'enseignant gay pour leur fils. Plus d'un sondé sur dix (12 %) convient que ça le heurte de voir deux hommes se promener main dans la main dans la rue. Et cela dérange nettement plus les hommes (15 %) que les femmes (9 %). Quand il s'agit de deux femmes qui se baladent enlacées, la réticence est moindre (7 %).
3. Le sexe reste tabou. Mais si des gays en viennent à s'embrasser en rue, la tolérance recule : 38 % des répondants disent être dérangés par les baisers échangés en public par des homosexuels. Et ne parlons pas de sexe ! Pour près d'un répondant sur deux (49 %), le sexe entre deux hommes n'est pas "naturel"; pour un sur quatre (24 %), il est même explicitement contre-nature. "C'est un vrai problème qui mérite toute notre attention, dit-on chez Unia. Ces chiffres traduisent bien qu'il reste du chemin à parcourir."
4. La vigilance reste de mise. Ces résultats doivent obliger à une certaine vigilance, comme le démontrait déjà le dernier rapport annuel sur les discriminations envers les lesbigays, insiste le directeur d'Unia. En 2015, le centre interfédéral pour l'égalité des chances a reçu 203 signalements dont 92 ont mené à l'ouverture d'un dossier relatif à l'orientation sexuelle, soit 12 de plus qu'en 2014. La moitié de ces dossiers concernaient des faits de société (disputes de voisinage, problèmes dans l'espace public, problèmes familiaux,…) - le double par rapport à 2014. "Ces chiffres ne représentent malheureusement que la partie visible de l'iceberg."
