Les hôpitaux sous la menace d'une grève
Les syndicats dénoncent le blocage "antisocial" des employeurs du secteur santé.
- Publié le 06-09-2013 à 10h53
- Mis à jour le 12-09-2013 à 14h03

Le monde hospitalier va-t-il connaître des actions de grève ces prochaines semaines ? On peut le redouter, tant le blocage des négociations entre syndicats et employeurs des secteurs fédéraux de la santé semble grand. La commission paritaire 330 (essentiellement les hôpitaux et maisons de repos privés) se réunira lundi prochain, mais à quelques jours de la rencontre de la dernière chance, la situation est plus que tendue. Et les syndicats du secteur, lassés de "l'immobilisme antisocial" des employeurs, menacent de partir en grève. Une grève qui pourrait toucher un public nombreux : en Belgique, 60 % des hôpitaux sont privés. Un préavis a été déposé en front commun ce 2 septembre. Il court jusqu'au 16 septembre. Au-delà de cette date, faute d'évolution positive du dossier, ce sera la grève, avec cependant un service minimum assuré.
Mais quel est l'objet de la discorde ? Les représentants des 200 000 travailleurs concernés par la CP 330 (infirmières, aides-soignantes, ouvriers,…) reprochent aux fédérations patronales de bloquer depuis des mois la conclusion de plusieurs conventions. Il s'agit notamment d'attribuer un barème supérieur aux aides-soignantes, de prolonger des conventions sur les prépensions jusque fin 2014 (au-delà de cette date, les règles seront modifiées), d'optimaliser les nouvelles règles en matière de crédit-temps et de permettre au personnel de pouvoir prendre 15 jours de congé consécutifs comprenant 3 week-ends.
A noter que les fédérations d'employeurs n'ont pas une position monolithique sur la question. Et que certaines institutions ont accédé aux demandes syndicales. Mais globalement, les employeurs font front pour refuser les doléances des travailleurs. "Ce sont pourtant des conventions essentiellement qualitatives, qui n'ont pas d'impact financier pour les employeurs, affirme Christian Masai, secrétaire fédéral du Setca. Mais les fédérations patronales bloquent, sans nous opposer d'arguments valables."
Côté patronal, on estime pourtant avoir apporté des réponses argumentées. "Prolonger le dispositif de prépensions va à l'encontre de la réflexion actuelle sur l'allongement des carrières, explique Michel Mahaux, de la fédération hospitalière Santhea. Quant au barème des aides-soignantes, nous n'avons pas les moyens de l'octroyer. C'est une question de sous-financement."
Côté syndical, on rappelle cependant qu'une enveloppe de 1,25 million d'euros a été dégagée à cet effet. "Et si l'on veut préserver la qualité des prestations, rétorque Christian Masai, il faut ménager des dispositifs qui soulagent les travailleurs. Ce n'est pas parce que le gouvernement a décrété qu'il fallait travailler plus longtemps que le travail est devenu moins pénible." Le représentant du syndicat socialiste espère que la réunion de lundi permettra de débloquer la situation. "Mais les signes donnés depuis des mois ne sont pas positifs", nuance-t-il.
Le directeur-adjoint de Santhea annonce pour sa part que sa fédération ira à table avec un esprit ouvert, "malgré les menaces personnelles et les jets de projectiles qui sont heureusement le fait d'une minorité". "Si les syndicats pouvaient être aussi respectueux de notre travail que nous sommes respectueux de ce qu'ils représentent, la réunion se passera sereinement, lance Michel Mahaux. N'oublions pas qu'un troisième acteur se trouve à table : le pouvoir fédéral, qui finance le secteur. Si de nouveaux éléments apparaissent sur la table, nos positions pourraient changer. Mais nous n'allons pas hypothéquer l'avenir de nos institutions pour éviter une grève. Les menaces ne dictent pas nos positions."
De leur côté, les syndicats n'envisagent pas la grève avec plaisir. "Nous sommes conscients qu'en perturbant les consultations et les opérations, nous dérangeons la population, conclut Christain Masai. Mais si nous n'avons pas le choix…"
