"Je ne désire pas mourir, je désire seulement que l'on m'accorde le droit de décider le moment et les modalités de ma mort"
La dépénalisation de l'euthanasie est-elle une mesure progressiste ? La question se pose en France alors qu'Emmanuel Macron souhaite rendre possible l'assistance au suicide pour les personnes en fin de vie. La Libre a croisé deux ouvrages qui offrent des regards divergents sur cette question.

- Publié le 27-03-2024 à 14h28
- Mis à jour le 27-03-2024 à 14h43

Figure connue et reconnue de la franc-maçonnerie belge, Marcel Bolle De Bal a 93 ans et "n'éprouve aucune envie de mourir prochainement", note-t-il. "Je ne désire pas mourir, je désire seulement que l'on m'accorde le droit de décider le moment et les modalités de mon passage à l'Orient éternel."
Ce sociologue et psychosociologue belge, professeur émérite à l'ULB, vient de publier aux Éditions La Pensée et les Hommes un testament philosophique dans lequel il développe (notamment) sa conception personnelle du "bien mourir" (1). D'emblée, Marcel Bolle de Bal s'y attache au sens des mots, préférant parler d'IVV (interruption volontaire de vie) plutôt que d'euthanasie, vocable qui "charrie l'idée – difficilement supportable – de 'donner la mort'".
Au-delà de ces questions sémantiques, l'auteur ne tergiverse aucunement : "choisir sa mort, c'est donner du sens à sa vie, c'est, en fait, choisir sa vie, et le sens que l'on a entendu lui donner". En ce sens, l'auteur soutient le "droit de chaque être humain à une 'mort digne', hors de toute déchéance vécue comme insupportable".
Cinq conditions pour une mort humaniste
Si l'Homme doit avoir le droit de pouvoir choisir sa mort, c'est qu'il est un être "pensant et responsable", laisse entendre Marcel Bolle de Bal. Cette liberté serait donc "humaniste" et "fondée sur une conception optimiste" de la personne.
Par ailleurs, ajoute-t-il de manière plus personnelle, mourir dans la souffrance, même si ce processus est accepté par l'agonisant et son entourage, ne peut être considéré comme une "belle mort". Dans le même ordre d'idée, une mort "brutale" n'est pas plus belle : elle confronte la famille, les amis, à un vide "cruel", "sans nulle préparation psychologique".
Cinq conditions permettraient au contraire de définir ce que serait une "belle mort" énumère Marcel Bolle De Bal : "la lucide conscience de l'imminence de la fin de son existence, le sentiment d'avoir eu une vie honnête et bien remplie, le fait d'avoir atteint un âge avancé en bonne santé, l'absence de souffrance physique ou psychologique, la présence affectueuse auprès de soi, d'êtres chers, afin d'avoir avec un dernier échange riche de sens".
Une conception utopique
"Personnellement, écrit l'auteur, j'aimerais, en ces instants ultimes, laisser à ceux que j'aime et qui me suivront un message, verbal et non verbal, d'amour et d'espoir, leur offrir, par une attitude d'acceptation philosophique, un témoignage vital : la vie heureuse ou triste est belle, elle vaut la peine d'être vécue et, lorsqu'elle a été bien vécue (et même autrement), il est possible de mourir dans la sérénité, avec le sentiment du devoir accompli, en acceptant que notre mort donne du sens à notre vie… et à celle des autres." C'est cette expérience qu'il a vécue, affirme-t-il, auprès d'un proche avec qui il a pu avoir un dialogue quelques jours avant sa mort. La mort de cet ami ne fut pas une "bonne mort", car la mort n'est jamais en soi "bonne", précise Marcel Bolle De Bal, mais une mort "dans la sérénité partagée".
Cette conception, qui relève du souhait de maîtrise absolue de sa vie et de l'autonomie de l'individu, n'est-elle pas utopique ? Peut-être, admet le sociologue. Mais si l'idéal nous aide à vivre, pourquoi ne nous aiderait-il pas à mourir, s'interroge-t-il ? C'est en ce sens qu'il plaide pour le développement d'une éthique du bien mourir au côté de la bioéthique afin que l'État belge, sans doute, aille plus loin que la loi actuelle en faveur de l'euthanasie et dépénalise le suicide assisté. Celui-ci permettrait de ne pas dépendre, pour choisir sa mort, de l'avis du monde médical.
- Les spirales initiatiques d'un vieux franc-maçon, Marcel Bolle De Bal, La pensée et les hommes, 2023