Brève
course contre-la-montre Le vice-champion olympique est déjà focalisé sur le chrono. Il va devoir récupérer de ses efforts. Décryptage avec Kris Van der Mieren, médecin de l'équipe de cyclisme.
- Publié le 25-07-2021 à 19h15
- Mis à jour le 25-07-2021 à 19h12
David Lehaire Envoyé spécial à Tokyo L'ambiance était à l'euphorie ce dimanche matin dans l'hôtel qu'occupe l'équipe belge de cyclisme à Gotemba. C'est que la médaille d'argent décrochée de haute lutte la veille par Wout Van Aert a rendu l'atmosphère plus légère. Dans le bus qui les emmenait au départ de la course féminine disputée par Lotte Kopecky, Valérie Demey et Julie Van de Velde, Frederik Broché, le directeur sportif de Belgian Cycling, et Kris Van der Mieren, le médecin, enchaînaient les blagues potaches.
"Ce que les gars ont réussi samedi a un impact considérable sur tout le monde, explique Broché. On pouvait difficilement rêver meilleure façon de lancer les Jeux. Je suis convaincu que ça aura aussi des répercussions sur les pistards, même s'ils entrent en lice beaucoup plus tard."
Wout Van Aert, lui, a sauté le petit-déjeuner collectif. Le héros profitait de quelques heures supplémentaires de repos bien méritées. "Ce jour, c'est relax. Il doit récupérer."
C'est qu'il n'en a pas fini avec sa quête olympique. Mercredi, il remettra ça. Seul, cette fois. Et sans avoir à tenir compte de ses adversaires. "C'est plus facile parce que ta performance ne dépend que de tes jambes", a-t-il déjà répété.
Il faut, donc, que le Campinois de 26 ans parvienne à retrouver de la fraîcheur après une journée où son corps a été mis à rude épreuve.
La course de samedi a usé les organismes. Van Aert a dû rouler près de sept heures dans la chaleur et dans les passages les plus raides du Mikuni Pass, il avait les jambes qui piquaient. Rohan Dennis et, surtout, Filippo Ganna, d'autres candidats à l'or olympique, ont, pendant ce temps, pu se préparer exclusivement pour le contre-la-montre. "Je ne sais pas s'ils partiront avec un avantage sur moi, mais j'aurais été stupide de faire l'impasse sur la course pour m'épargner en vue du chrono", dit le vice-champion du monde.
Dans son entourage, on donne, en tout cas, le maximum pour que notre compatriote soit prêt le jour J. "Il le sera. Je pense même que mercredi est le jour parfait pour Wout", estime le docteur de Belgian Cycling, qui suit tous les faits et gestes de Van Aert (et des autres cyclistes) au Japon. Il explique cela par un souci exacerbé du détail. "En collaboration avec son équipe, Jumbo-Visma, nous avons établi un programme en fonction de sa morphologie, de ses paramètres physiques. Il respecte tout ça à la lettre. Comme c'est un perfectionniste, cela se fait facilement. On fait attention à beaucoup de choses."
Le travail du soigneur est fondamental
Il y a d'abord la nourriture. Au cours des 245 kilomètres parcourus samedi, Van Aert a éliminé énormément de calories.
"Et même s'il n'a pas puisé au plus profond de ses réserves, il doit retrouver des forces. C'est pourquoi il mange souvent. Des protéines pour les muscles, du poisson, des yaourts. Il est important aussi qu'il ait assez de sucre dans le corps. Si c'était un jeune coureur, on veillerait à ce qu'il ne mange pas trop. Car il faut faire attention au bon dosage. Mais avec Wout, il n'y a pas de problème."
"Après les efforts fournis, il est essentiel que le cycliste retrouve la souplesse musculaire pour le contre-la-montre", poursuit Van der Mieren. "On sait, bien sûr, que les jambes sont endolories parce qu'il a fallu pousser les pédales pendant des heures. Mais d'autres parties du corps ont été fortement sollicitées. Je pense surtout aux fesses et au bas du dos. On sous-estime parfois l'importance d'avoir un gainage parfait et assez d'élasticité. Quelqu'un qui n'est pas en ordre de ce côté-là ne pourra pas utiliser sa pleine puissance sur le vélo. Il sera très vite pénalisé en montée. Souvenez-vous de Bernal lors du Tour de France 2020."
Si le travail de musculation et de souplesse est effectué en amont, avant la saison, on cherche ici à soulager les zones qui ont souffert. "Le travail du soigneur est fondamental, continue notre interlocuteur. Il ne va pas demander à Wout de faire des exercices particuliers, mais il lui prodigue des massages à raison d'une heure par jour."
Pas les chocs d'un marathonien
Et les pieds du cycliste ? On n'en parle pas beaucoup. Pourtant, ils sont énormément sollicités, eux aussi.
"C'est une bonne remarque, lance Van der Mieren. Il faut les soigner, un peu comme on le fait pour le dos. S'assurer que leur plante reste souple. Les chaussures et les cales des pédales sont également fondamentales. À un tel niveau, tout est étudié. C'est du sur-mesure. Et finalement, en course, le pied est encore assez ménagé. Un coureur n'a, en général, pas mal à la voûte plantaire quand il descend du vélo. Certes, il a poussé sur les pédales pendant des heures, mais il n'y a pas eu de choc sur le sol (sauf s'il tombe, bien sûr) comme un marathonien en aura durant 42 kilomètres."
Aucune séance lourde
Dès samedi soir, après avoir bu un verre ensemble (mais pas d'alcool… parce qu'il n'y en a pas à l'hôtel), Van Aert a également entamé le travail, capital, de récupération active. Cela passe par les bons choix en matière d'entraînement.
"Aujourd'hui (dimanche), il va effectuer une petite sortie de deux heures (NdlR : il a, en fait, roulé 1 h 15) pour faire tourner les jambes. Les deux prochains jours, il montera peut-être à trois heures, et fera quelques accélérations, mais plus aucune séance lourde. On tiendra évidemment compte de ses sensations. Si tout se passe bien, Wout devrait être dans une forme optimale mercredi."
Et ce, parce qu'il aura soigné son organisme à la perfection.
D. L.
