Un vent frais souffle sur la Tournée des châteaux cet été
Annulée en 2020 en raison du Covid, la Tournée des châteaux du Théâtre royal des Galeries est de retour depuis ce 19 juillet. Elle s'arrête dans une vingtaine de lieux à Bruxelles et en Wallonie. Avec "Le Béret de la tortue", mis en scène par Sandra Raco.

- Publié le 19-07-2021 à 17h57
- Mis à jour le 19-07-2021 à 17h48
Ambiance Stéphanie Bocart Toujours remettre les accessoires sur la table à accessoires, sinon ça va être la galère. Et ne servez pas trop les verres", recommande, cet après-midi-là, la metteuse en scène Sandra Raco aux six comédiens qui s'apprêtent en coulisses pour le filage de la comédie Le Béret de la tortue. Dans moins d'une semaine, ils seront en pleine Tournée des châteaux 2021, qui les emmènera jusqu'à fin août sur les routes de Bruxelles et de Wallonie pour une vingtaine de représentations.
D'ordinaire occupé par les magnifiques décors des pièces qui s'y jouent, le vaste plateau du Théâtre des Galeries est désormais l'hôte d'un tréteau sur lequel sont disposés une commode, un tabouret et un lit double garni d'un matelas et de deux oreillers. Ce décor simple a, en fait, tout sens puisqu'il devra être aisément monté et démonté, de soir en soir, en un temps restreint, pendant toute la Tournée des châteaux.
Calée sur une chaise aux côtés de la régie, sur la scène, Sandra Raco prévient la petite troupe : "Les lumières vont changer pendant le filage. Ne vous en occupez pas." "Je vais prendre le texte de la pièce sous les yeux, car je sens que je vais devoir les suivre…", glisse-t-elle tout bas, juste avant d'avertir distinctement et avec entrain : "On lance !"
Le plateau est plongé dans le noir. Seules deux petites veilleuses éclairent Sandra Raco et les régisseurs. Retentissent alors les premières notes entraînantes de piano du célèbre "Via con me" de Paolo Conte. Lumières. Un couple, sacs de voyage à la main, débarque : "J'ai vérifié. Des trois chambres, on a la plus petite. Tu trouves ça normal, toi ?", grommelle Luc (Arnaud Van Parys). "Qu'est-ce que ça peut faire ? On sera tout le temps dehors ?", tempère sa femme, Véronique (Amélie Saye). En vacances au bord de la mer, dans une crique, avec une vue magnifique sur les rochers du Béret, de la Tortue et de la Limace, ils partagent une grande villa avec deux autres couples d'amis : Martine (Marie-Sylvie Hubot) et Xavier (Robin Van Dyck) (et leurs enfants), qui louent la maison chaque été, et Alain (Maroine Amimi) et Mireille (Séverine De Witte) (avec leurs enfants et Carmen, la baby-sitter), qui y passent leurs vacances pour la première fois. Mais la cohabitation n'est jamais facile. Jalousies, médisances, rancœurs…, dans l'intimité de sa chambre, chacun des couples va juger, critiquer, se plaindre… des autres. Peu à peu, l'ambiance "mer-soleil-détente" entre les six vacanciers va se détériorer au point de vraiment dégéner lors de leur dernière soirée…
Première mise en scène pour Sandra Raco
Créée en 2000 par Jean Dell et Gérald Sibleyras au Théâtre du Splendid Saint-Martin (Paris), Le Béret de la tortue est une comédie à succès qui a déjà été reprise de très nombreuses fois. C'est d'ailleurs sur une version montée au Théâtre des Galeries il y a quelques années que Sandra Raco a fondé sa mise en scène. Sa première mise en scène !
Initialement programmée à l'été 2020, Le Béret de la tortue a dû être reportée d'un an en raison du Covid. "Au départ, je devais jouer dans la pièce. Je suis tombée enceinte et ce n'était donc plus possible pour moi de participer à la Tournée des châteaux 2020, raconte Sandra Raco. Mais il y a eu la pandémie et tout a été annulé. Du coup, cette année, j'ai demandé à David Michels (directeur du Théâtre des Galeries, NdlR) si ma place était toujours libre. Il m'a répondu 'oui', mais il m'a aussi dit que, si je le voulais, je pouvais prendre en charge la mise en scène du spectacle. J'ai bondi au ciel parce que ça fait quelques années que j'ai envie de mettre en scène - j'ai déjà été assistante à la mise en scène de Fabrice Gardin, Alexis Goslain et Toussaint Colombani. C'est un fameux défi, mais c'est une opportunité de fou", qui souffle aussi un vent de fraîcheur sur cette édition 2021 de la Tournée des châteaux.
L'équipe de comédiens étant déjà définie, "j'ai toutefois pu les mettre dans les rôles que je voulais", reprend-elle. "C'est une équipe de feu ! Ce sont tous des comédiens de comédie et très instinctifs, donc ça aide beaucoup." Le texte de la pièce "n'est pas hilarant en soi". Donc, "il fallait trouver le comique dans l'identification que peut avoir le public sur ces couples-là". Puis, "ce qui est compliqué, c'est que dans les scènes en elles-mêmes il n'y a pas de conflit", analyse Sandra Raco. "Tout le défi consistait donc à trouver comment donner un enjeu à ces scènes-là, tout en faisant monter la pression au fur et à mesure jusqu'au moment de la (très longue) scène où ils se retrouvent à six sur la terrasse pour le digestif. Voilà pourquoi on a beaucoup travaillé sur les relations de chaque couple et la relation à l'autre. On a essayé de ne pas jouer le comique, car c'est le plus gros piège." "Ce qui fait rire les spectateurs, c'est qu'ils se voient en ces trois couples, abonde Maroine Amimi, qui interprète le rôle d'Alain. Nous présentons un miroir : on a déjà tous vécu cette situation de couples d'amis qui partent en vacances et où ça ne se passe pas très bien, car il y en a toujours qui vont chercher à pourrir le séjour."
Plus que sur le décor, Le Béret de la tortue repose donc avant tout sur le jeu des comédiens. Une pièce idéale pour la Tournée des châteaux. "Toutes les scènes se passent dans la chambre de chaque couple. Mais Sandra a pris le parti de n'avoir qu'un seul décor. Le public comprend qu'on passe d'une chambre à l'autre grâce au jeu des comédiens, souligne Maroine Amimi. Puis, jouée en plein juillet-août, cette comédie plonge le public dans une ambiance de vacances. Enfin, c'est une pièce populaire qui parle à tout le monde, ce qui convient bien à la Tournée des châteaux, où il y a tant des spectateurs avertis que des gens pour qui c'est quasi la seule sortie théâtrale de l'année."
Joies et contraintes
Pour avoir joué dans Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux lors de la Tournée des châteaux 2012, Sandra Raco et Maroine Amimi connaissent bien les joies et les contraintes de cet exercice en plein air. "Il y a une vraie contrainte au niveau des décors, explique la metteuse en scène, qui doivent être facilement montables, transportables et pouvoir résister au vent et à la pluie. L'autre contrainte, ce sont les entrées et sorties. À chaque lieu, les comédiens devront faire un raccord, car nous avons travaillé sur trois entrées et trois sorties, mais il n'y en aura pas toujours trois. Or la plus grande exigence dans cette pièce, c'est le rythme. Et ces entrées et sorties en font complètement partie."
Habitué au théâtre en plein air - il a déjà souvent joué à Villers-la-Ville -, Maroine Amimi se réjouit de pouvoir jouer tout au long de cet été "dans des endroits magnifiques : des châteaux, des jardins"... "On voyage un peu pendant cette Tournée, avec une chouette équipe. Donc, que demander de plus ?, sourit-il. Mais, davantage qu'en salle, que ce soit l'entrée sur scène, l'énergie…, il faut encore plus rayonner si on veut que le public voie ce qu'on joue. J'aime cette contrainte. Il faut adapter son jeu tout en restant juste, en préservant l'intimité de ces couples."
Même s'ils ont continué à travailler sur certains projets, Sandra Raco et Maroine Amimi ont, comme de très nombreux artistes, été privés de spectateurs pendant de longs mois en raison de la crise sanitaire. "Ça va nous faire énormément plaisir de retrouver le public, se réjouit le comédien, car on fait ce métier-là pour ça avant tout." Pour la première fois de l'autre côté du miroir, Sandra Raco confie : "Clairement, l'ambiance de la Tournée - manger avec l'équipe et se promener avant la représentation, jouer tous les soirs, s'amuser en travaillant… - va me manquer. Je vais donc d'office aller les voir et passer quelques soirées avec eux." "Mais, conclut-elle, je voulais mettre en scène depuis longtemps et je me suis éclatée. Oui, j'avais peur parce que c'est la première fois, mais je me suis rendu compte que c'est ma place et je m'y sens très bien. C'est un peu fou, mais, s'il n'y avait pas eu le Covid, je n'aurais pas mis en scène. Puis, la Tournée des châteaux reçoit toujours un accueil positif du public et, avec le Covid, je crois que les spectateurs auront encore plus envie de sortir et d'aller au théâtre."
