Le doute s'empare des investisseurs. Une correction en vue ?

- Publié le 19-07-2021 à 19h37
- Mis à jour le 19-07-2021 à 19h36
Analyse Vincent Slits Le doute. Voilà le sentiment qui prédomine en ce début de semaine dans le chef des investisseurs. Un peu partout en Europe, les indices boursiers ont plongé dans le rouge : à Paris, l'indice Cac 40 a terminé sur un recul de 2,54 %, le Dax allemand de 2,62 % tandis qu'à Bruxelles le Bel 20 finissait sur une baisse de 1,68 %.
S'agit-il d'une baisse temporaire, d'un simple recul dans une tendance globalement haussière depuis de nombreux mois, ou le début d'une correction significative, voire même d'un krach ? Tentative de réponse avec Peter Vanden Houte, chef économiste chez ING Belgique
1 Comment expliquer cet accès de faiblesse ?
"Il n'y a pas une raison spécifique mais une conjonction d'éléments qui expliquent la baisse des cours. Et ces éléments contribuent à alimenter certains doutes sur la force de la reprise économique. Jusqu'ici, le scénario des marchés était celui d'une reprise économique globale et synchronisée en Chine, aux États-Unis et en Europe durant la deuxième moitié de cette année. Mais les marchés commencent à douter de ce scénario même si la conviction est bien que le pire est derrière nous", explique d'emblée Peter Vanden Houte.
En tête de ces éléments, on retrouve évidemment ce satané Covid-19, avec la crainte de voir nos pays confrontés à une quatrième vague de contaminations. "La hausse des contaminations n'a heureusement pas les mêmes conséquences que les vagues précédentes, notamment sur les hospitalisations et sur le système de santé en général car les nouvelles contaminations touchent davantage de jeunes, plus résistants et qui ne sont pas encore vaccinés. Mais cela contribue tout de même à entraver la croissance. Plusieurs pays hésitent à assouplir davantage, d'autres mettent en place de nouvelles restrictions. Tout cela pèse sur les entreprises et le commerce. Encore une fois, les marchés avaient tablé sur une ouverture générale de l'économie cet été. Cela ne sera pas le cas", ajoute encore notre interlocuteur.
Résultat : les cours de bourse, qui anticipaient déjà les attentes de progression des bénéfices des entreprises dans ce scénario d'ouverture totale des économies, corrigent sous l'effet de prises de bénéfice. D'autant que la croissance de la Chine, moteur de la reprise depuis le deuxième trimestre 2020, perd un peu de vigueur et que la confiance des consommateurs américains marque le pas en raison du niveau de l'inflation.
2 Une correction sévère est-elle devant nous ?
Georges Ugeux, ancien vice-président de la Bourse de New York, prédisait il y a à peine quelques jours une correction à venir de 20 à 25 % de la Bourse américaine, voire davantage encore.
Peter Vanden Houte est, lui, nettement moins pessimiste. "Va-t-on assister à une correction de plus de 10 % et une longue tendance baissière ? Il est trop tôt pour l'affirmer mais je ne pense pas que la reprise échouera. En Europe, la vaccination progresse rapidement, ce qui limitera les dégâts de cette nouvelle vague de contaminations. Et aux États-Unis, le cycle de la reprise n'est pas terminé. L'accord conclu au niveau de l'Opep + (lire par ailleurs) va permettre, par ailleurs, à partir d'août d'augmenter la production mondiale de pétrole, ce qui est un élément important pour contenir les tensions inflationnistes. Au-delà de certaines hésitations, les sous-jacents de la reprise sont donc toujours là même si cette dernière sera peut-être un peu moins forte qu'anticipé", dit-il.
3 Quid de l'action des banques centrales ?
Tant en Europe, en Chine qu'aux États-Unis, elles mèneront dans les mois qui viennent indubitablement des politiques de soutien aux économies. "Ces banques centrales ont été un des moteurs du rallye boursier des derniers mois et il ne faut pas s'attendre à ce que les politiques monétaires souples des dernières années prennent fin, bien au contraire. En Chine, la banque centrale qui craignait un moment une bulle sur le marché immobilier vient de changer son fusil d'épaule en assouplissant sa politique monétaire. La Banque centrale européenne (BCE) a, elle, adapté sa stratégie en permettant une latitude sur son objectif de 2 %, ce qui prolongera la politique souple actuelle. Et enfin, il ne faut pas s'attendre à un resserrement monétaire aux États-Unis avant fin 2022", explique encore Peter Vanden Houte. Pour qui les marchés resteront donc encore soutenus et pourraient repartir à la hausse après des épisodes de baisses, plus ponctuels. "Les reculs actuels ne signifient pas la fin du rallye en cours", conclut-il.
