"Eddy Merckx est une icône"

Eric de Falleur

Eric de Falleur Envoyé spécial à Carcassonne Il s'en est fallu de peu, un couloir qui s'ouvre devant lui dans les derniers hectomètres, alors qu'il était enfermé, un coup de reins supplémentaire pour sauter sur la ligne Michael Morkov dont on ne saura jamais s'il l'aurait battu si les deux hommes n'avaient pas été équipiers.

Sur le boulevard Marcou, à Carcassonne, où il a engrangé un trente-quatrième succès d'étapes au Tour, Mark Cavendish est entré un peu plus dans l'histoire de la Grande Boucle dont il fut régulièrement l'un des acteurs principaux depuis une bonne douzaine d'années maintenant.

Les chiffres de ses succès donnent le tournis. Trente-quatre étapes gagnées, c'est exactement comme si Mark Cavendish avait conquis à la suite les 21 étapes du Tour de l'an passé et les treize de cette édition. Alors qu'on le croyait perdu pour le cyclisme il y a quelques mois encore, que ses succès au Tour de Turquie avaient suscité la sympathie, son retour au premier plan est phénoménal. Le Cav est invaincu dans un sprint sur cette 108e Grande Boucle puisqu'il n'avait pu se mêler à l'emballage, en début de Tour, à Pontivy.

Dix jours plus tard, le Britannique a gagné quatre étapes et s'est inscrit pour toujours dans l'histoire de la course au maillot jaune en égalant Eddy Merckx sur le seul terrain où le sprinter britannique pouvait le faire.

"Je n'y crois pas", furent ses premiers mots, peu après que le Manx Express eut pris dans ses bras, un par un, tous les équipiers qui l'avaient porté vers le succès. Le plus difficile des quatre conquis sur ce Tour.

"Il faisait tellement chaud aujourd'hui, c'était très dur", avoua-t-il après être resté assis sur le macadam brûlant de Carcassonne. "Je ne vais jamais très bien quand il fait très chaud et en plus ce léger faux plat montant dans le dernier kilomètre n'était pas évident pour moi."

Une comparaison insensée

Remis de ses émotions, le coureur de Deceuninck-Quick Step ne put se soustraire cette fois à évoquer le record d'Eddy Merckx égalé.

"Vous ne pouvez pas me comparer à lui", dit-il, l'œil brillant. "On ne peut comparer personne à Eddy Merckx, j'ai juste égalé son nombre de victoires d'étapes. Il restera toujours le plus grand de tous les temps. C'est une sorte d'icône, une légende, moi j'ai gagné des sprints massifs. Je vais être reconnu et respecté pour cela, mais surtout par tous les gens qui ne suivent pas vraiment le vélo. J'espère surtout que cela va inciter des jeunes, et des jeunes Britanniques notamment à se mettre au vélo."

Comme lui-même avait pu être inspiré par Tom Simpson, devant la stèle duquel il s'était découvert mercredi en gravissant le Mont Ventoux. Un geste qui lui avait valu un message de gratitude de la fille de l'ancien champion décédé le 13 juillet 1967. En écoutant la réponse émouvante de Joanne Simpson, il avait pleuré.

"Tom Simpson a ouvert la voie à beaucoup de pros britanniques, dit-il. Je suis honoré d'avoir suivi ses traces en devenant champion du monde."

De retour sur la Grande Boucle où il n'avait plus brillé depuis cinq ans, Mark Cavendish y présente également un tout autre visage que par le passé. Les spectateurs l'ont bien compris qui offrent chaque jour un accueil chaleureux à l'ancien bad boy.

"Cette année en particulier, j'ai été bien soutenu et accueilli par le public au bord de la route, aux départs et aux arrivées, reconnaissait le maillot vert. Mes relations sont meilleures avec tout le monde, dans le passé, je me suis comporté comme un petit con. Ça arrive quand on est jeune, j'en ai payé les conséquences. J'ai vieilli, j'ai une famille, on apprend à mieux se comporter quand on a une famille. Aujourd'hui, j'ai 36 ans et je ne suis plus le gamin de vingt ans."

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