La Russie maintient le prix du gaz au sommet
- Publié le 08-07-2021 à 20h39
- Mis à jour le 08-07-2021 à 20h37
Le redémarrage de l'économie mondiale a fait grimper en flèche les prix du gaz et du pétrole. On est donc loin des prix planchers atteints en 2020, au plus fort de la pandémie. Si cette flambée des prix s'explique en partie par le simple jeu de l'offre et de la demande, d'autres facteurs plus géopolitiques entrent en ligne de compte. Explications.
Selon le consultant Wood Mackenzie, les prix du gaz n'avaient plus été si élevés depuis l'été… 2008. Plusieurs éléments sont en cause. Non seulement la reprise économique soutient la demande mondiale de gaz, mais certains pays, comme la Chine, remplacent le charbon par du gaz, ce qui augmente d'autant plus la consommation. Il faut savoir que le prix du CO2 a fortement progressé. Une centrale à charbon émettant davantage de CO2 qu'une centrale au gaz, ces dernières sont devenues plus compétitives que les premières (en intégrant le prix du carbone). Il y a donc une demande additionnelle de gaz en vue de produire de l'électricité.
À côté de ces éléments purement économiques, le rôle de la Russie est aussi pointé du doigt. En effet, Gazprom, la compagnie nationale, a fait le choix de ne pas augmenter le transit de gaz russe, via l'Ukraine et la Biélorussie, vers ses clients européens. Moscou espère que le gazoduc controversé Nord Stream 2 sera bientôt opérationnel, ce qui permettra de fournir l'Europe sans passer par ces deux pays. "Cette politique contribue aussi opportunément à maintenir des prix élevés en Europe", précise Graham Freedman, spécialiste du gaz chez Wood Mackenzie.
En ce qui concerne le pétrole, des éléments géopolitiques ont également fait varier les prix ces derniers jours. Pour rappel, l'Opep +, l'association qui réunit les 13 pays de l'Opep et leurs 10 alliés, n'est pas parvenue à un accord lors de sa dernière réunion. Alors qu'un consensus s'était dessiné autour d'une hausse de la production de pétrole afin de satisfaire la reprise de la demande mondiale, l'accord n'a pu être validé. "Les Émirats arabes unis auraient souhaité une révision de leurs quotas de production afin de produire davantage à partir de mai 2022, explique Francis Perrin, directeur de recherche à l'Institut des relations internationales et stratégiques. Mais cette demande n'a pas été acceptée. En effet, il y avait un risque que d'autres pays demandent une révision à la hausse de leurs quotas si cette demande des Émirats était acceptée."
Dans un premier temps, ce désaccord au sein de l'Opep + a eu comme conséquence une envolée du baril de pétrole jusqu'à 77,84 dollars, un niveau plus vu depuis 2018. Depuis lors, le Brent est retombé à 73,37 dollars. Alors que les marchés ont d'abord anticipé une sous-production de pétrole en raison du désaccord sur la hausse des quotas, la lecture des événements a changé. Faute d'accord au sein de l'Opep +, les marchés se disent que ses membres ne respecteront plus leurs quotas, ce qui aboutira quand même à une hausse de la production. Avec quelles conséquences sur les prix à plus long terme ? "Tout dépendra de l'ampleur du non-respect des quotas, précise Francis Perrin. Si les pays de l'Opep + produisent un peu plus, ce ne sera pas un drame, ça permettra de rencontrer la hausse de la demande mondiale. Mais si ça aboutit à un dérapage total et à une grosse hausse de la production de pétrole, les prix pourraient s'écrouler." En cas de levée des sanctions américaines sur l'Iran, Téhéran pourrait aussi alimenter le marché mondial et faire pression à la baisse sur les prix. Une perspective qui pourrait réjouir le président US.
Laurent Lambrecht

