"Les Diables vont devoir hausser leur niveau"

La légende Zoff, 79 ans, préface ce quart de finale sans parvenir à dégager un favori.

Lecaillon Stéphane
"Les Diables vont devoir hausser leur niveau"
©AFP

Entretien Stéphane Lecaillon Dino Zoff est une légende de son sport : 112 sélections avec l'Italie, un titre de champion d'Europe (1968), un autre de champion du monde (1982) et une pléiade de trophées avec la Juventus. Son parcours d'entraîneur renseigne une Coupe UEFA avec la Juve (1990), une finale perdue à l'Euro 2000, après avoir battu la Belgique de Waseige 2-0 en poules. "Une interview pour la presse belge ? Si, certo." À 79 ans, le gardien mythique qui regardera le quart de finale chez lui, à Rome, reste d'une disponibilité rafraîchissante, là où d'autres ne répondent jamais.

Sa Squadra Azzurra

La Squadra Azzurra n'était pas pointée parmi les grands favoris, mais ce costume ne paraît finalement pas trop grand pour elle. "Je ne suis pas surpris. Cela fait deux ans qu'elle réalise de bons résultats. Donc je m'attendais à ce qu'elle soit dans la continuité."

Zoff se garde bien de se risquer à un pronostic : "Les deux équipes sont très proches l'une de l'autre ; pour moi, ce quart, c'est du 50-50. Il faudra voir les blessés. De Bruyne est essentiel pour vous, son absence pèserait lourd."

Reste que l'équipe de Mancini a eu besoin de prolongations contre l'Autriche. "C'était plus compliqué qu'attendu, mais c'est normal quand on arrive dans les matchs à élimination directe. Ce n'est pas comparable au premier tour. Finalement, l'Autriche a bien joué et montré qu'elle était une équipe équilibrée. Mais le Portugal aussi a posé des problèmes à la Belgique."

La presse italienne a pointé l'âge de la défense belge et sa supposée lenteur comme une faiblesse à exploiter pour Immobile et compagnie. Celui qui était champion du monde à 40 ans, un record, n'est pas d'accord. "Je ne pense pas qu'une victoire italienne soit juste liée à une histoire de vitesse. Il y a des joueurs dans la Squadra qui ont assez de fantaisie dans les pieds pour faire la différence grâce à leurs gestes. Il n'y a pas une clé du match, mais un ensemble d'éléments, surtout à ce stade du tournoi."

Les Diables rouges

On sent le respect pour "le numéro 1 au classement Fifa" chez Zoff, qui sourit lorsqu'on aborde la question de l'identité des Diables et de la façon dont ils ont été dominés par les Portugais : "Vous savez, tout ne dépend pas de la volonté d'attaquer ou de défendre. Vous devez aussi vous adapter à ce que l'adversaire vous impose et le Portugal, une des meilleures équipes de ce tournoi, vous a obligés à jouer défensivement. Il n'y avait pas grand-chose d'autre à faire. Votre sélectionneur voulait-il défendre autant ? Je ne crois pas."

Mais Zoff le sait, le défi de vendredi est encore plus grand : "Par rapport au match contre le Portugal, votre équipe devra hausser son niveau de jeu."

Spectateur attentif du Calcio, il souligne la dimension prise par Romelu Lukaku. "Je connaissais ses qualités avant… mais je dois dire qu'il s'exprime encore mieux que ce que je pensais en Serie A. Il m'a surpris. Il a acquis une dimension supplémentaire à l'Inter, au niveau du caractère et de la force physique."

Mais si vous demandez à Zoff de "transférer" un Diable, son choix ira ailleurs. "S'il fallait en choisir un, je prendrais De Bruyne, qui est capable de tout faire. Il y a beaucoup de très bons joueurs dans la Squadra, mais pas quelqu'un d'égal à De Bruyne."

Zoff et la Belgique

La Belgique n'a battu qu'une fois l'Italie en match officiel, au dernier tour éliminatoire de l'Euro 1972. "Non, je ne m'en souviens pas", répond d'abord Zoff, international de 1968 et 1983, avant de préciser : "Ah si, mais je ne jouais pas, en fait." C'était Albertosi dans les buts. Mais la Belgique évoque un autre souvenir à celui qui était sélectionneur de la Squadra de 1998 à 2000 : "Ah oui, cette victoire 0-2 à Bruxelles, à l'Euro 2000, après un très bon match, je m'en souviens très bien. Cette Italie-là était une belle équipe, hein ? Au moins aussi forte que l'actuelle. Mais la Belgique d'aujourd'hui est sans aucun doute meilleure que celle de l'époque."

L'Euro 2000, c'est aussi une finale Italie - France au dénouement hitchcockien, avec un but de Wiltord à la 94e minute, puis une superbe volée de Trezeguet en prolongations. "On peut dire qu'on a à moitié gagné cet Euro puisqu'on tenait la victoire jusqu'à 20 secondes de la fin. Del Piero avait manqué deux grosses occasions dans ce match… Disons que c'est le destin qui nous a pénalisés. Mais je garde plutôt un bon souvenir de ce tournoi, même s'il aurait pu mieux se terminer."

Vingt et un an plus tard, l'Italie espère que ce sera la bonne, cette fois.

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