Non, la Wallonie n'a pas produit moins de renouvelable en 2020 qu'en 2019
Un chercheur de l'ULiège estime que la Wallonie est à la traîne. Pour 2020, c'est faux. Pour 2021, en revanche…
- Publié le 29-06-2021 à 17h13
- Mis à jour le 29-06-2021 à 17h11

Le 20 juin dernier, le professeur de l'Université de Liège et spécialiste de l'énergie Damien Ernst était invité sur le plateau de C'est pas tous les jours dimanche (RTL TVI) pour débattre du cas des éoliennes en Wallonie. À la question de savoir si ces turbines représentaient une réponse satisfaisante aux futurs défis environnementaux, le chercheur a mis en avant "l'immense crise en termes de politique énergétique" du gouvernement wallon en place depuis 2019. Son argument ? "On produit moins d'énergie électrique par le renouvelable maintenant qu'il y a deux ans" en Wallonie.
Contacté par nos soins, Damien Ernst a confirmé ses propos. Selon lui, "la quantité électrique produite par le renouvelable a diminué en Wallonie entre 2020 et 2019 et va diminuer entre 2021 et 2019".
Une production légèrement supérieure en 2020
Cette affirmation est erronée, la production d'énergie renouvelable en Wallonie en 2020 était légèrement supérieure à celle de 2019. Par "énergie électrique renouvelable", on englobe quatre sources d'énergie : l'éolien (onshore et offshore), le solaire, l'hydroélectrique et la biomasse (avec ou sans incinération). Selon les chiffres de l'Observatoire belge des énergies renouvelables (Apere), la production d'électricité renouvelable atteignait 5 533 gigawatt-heure (GWh) en 2020 contre 5 515 GWh en 2019.
Cette hausse, certes légère, de la production d'énergie électrique verte wallonne entre 2019 et 2020 s'inscrit dans une progression constante depuis les premières statistiques de l'Apere, en 2005. "Elle est liée à la croissance importante des parcs photovoltaïques et éoliens en Wallonie", estime Francesco Contino, professeur de thermodynamique à l'Institut de mécanique, matériaux et génie civil de l'École d'ingénieurs de l'UCLouvain. En 2020, les productions d'énergie éolienne et photovoltaïque étaient environ cinq fois supérieures à celles de 2010, selon l'Apere. Les statistiques officielles concernant la part de la production d'électricité issue de la biomasse en Wallonie n'étaient toutefois pas encore disponibles. Ce sont "des estimations sur le plan régional mais qui sont quantitativement hautement valables sur le plan belge", indique le secrétaire général de l'Apere, Benjamin Wilkin.
Les chiffres du SPW se limitent aux certificats verts
Le SPW (Service public de Wallonie) Énergie confirme également cette légère hausse de la production d'énergie renouvelable, qu'il évalue à "300 GWh supplémentaires" sur l'ensemble de l'année 2020. Tout en sachant que les chiffres de la Région wallonne ne tiennent compte que de la production subsidiée par les certificats verts. "Il existe des installations qui produisent de l'électricité sans soutien, reconnaît le porte-parole du SPW, Nicolas Yernaux, "par conséquent [nos] statistiques peuvent être inférieures" à ce qui est réellement produit en Wallonie.
Qu'en est-il en 2021 ?
Recontacté par La Libre le 23 juin, Damien Ernst reconnaît, face à ces données, qu'il y a bien une hausse de la production d'énergie renouvelable en Wallonie en 2020, avant d'ajouter : "Cela diminuera en 2021 car le déficit d'électricité par la fermeture de la centrale des Awirs ne sera pas compensé."
Située sur la rive de la Meuse, cette centrale biomasse a, effectivement, fermé ses portes fin août 2020. Pendant près de quinze ans, elle a produit, selon les années, une moyenne de 10 % de l'électricité verte wallonne par la combustion de pellets (granulés de bois), estime Julien Juprelle de l'Institut wallon de l'évaluation, de la prospective et de la statistique.
Si l'on se base sur les calculs de Benjamin Wilkin de l'Apere, les 600 GWh d'électricité produite annuellement par la centrale des Awirs étaient équivalents à la construction de 200 éoliennes terrestres, ou à la moitié des panneaux photovoltaïques installés en Wallonie depuis dix ans. Or, l'an dernier, seuls 24 nouveaux mâts ont été installés sur le territoire wallon, selon Edora, la fédération des entreprises développant des produits et services tournés vers la transition énergétique. À ce rythme, les nouveaux projets éoliens et photovoltaïques pourraient mettre jusqu'à "trois ans pour compenser la fin de la biomasse en Wallonie", poursuit le secrétaire général de l'Apere.
De l'importance de la production nationale
Pour l'Apere, il faut toutefois apprécier la production d'électricité verte à l'échelle nationale et non pas se cantonner au seul territoire wallon : "C'est une dynamique de marché, […] la diminution liée à l'arrêt de la centrale des Awirs au niveau belge est en réalité déjà compensée par les puissances solaires et éoliennes installées dans le reste de la Belgique en 2020." L'an dernier, d'après Elia, la production d'énergie renouvelable belge représentait 18,6 % de l'ensemble des sources de production d'électricité, battant le record de 2019.Romane Bonnemé
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