Le tribunal correctionnel déclare irrecevables les poursuites engagées pour sexisme contre Hugues Dayez

Le critique de la RTBF avait lancé un "À poil !" pour qualifier la prestation de la maîtresse de cérémonie des Magritte.

L'affaire avait agité le Landerneau culturel. Lors de la cérémonie des Magritte du cinéma 2017, le critique cinéma de la RTBF Hugues Dayez avait lancé, en comité restreint en salle de presse, un "C'est nul. À poil !" pour qualifier la prestation de la maîtresse de cérémonie, la comédienne Anne-Pascale Clairembourg.

Cela lui fut rapporté. La comédienne fut profondément blessée. Informé, le critique ne s'excusa pas. La comédienne ne porta pas plainte. On aurait pu en rester là. Mais le Conseil des femmes francophones de Belgique (CFFB) se constitua partie civile pour sexisme sur base de la loi de 2014.

Une juge d'instruction, estimant que la plainte n'était pas recevable, n'inculpa pas le critique et ne l'entendit pas. En chambre du conseil, où le journaliste ne se fit pas représenter, le parquet requit un non-lieu. Et, à la surprise de tous, la chambre du conseil renvoya Hugues Dayez en correctionnelle.

Interrogé par le juge, M. Dayez avait souligné que c'était là une "private joke" avec d'autres critiques, de l'humour référentiel, du second degré : "Je n'attaquais pas le sexe de la personne. Je critiquais un spectacle dans son ensemble", assurant qu'il aurait pu dire un même "À poil !" si la comédienne avait été un homme.

Le procureur avait requis l'acquittement car la loi était là pour sanctionner les seuls abus et car, dans le cas présent, il ne voyait pas d'atteinte grave à la dignité, seulement des propos vulgaires.

Ce n'était pas la lecture du Conseil des femmes francophones de Belgique (CFFB), pour qui il y avait clairement eu atteinte grave à la dignité de la comédienne, qui plus est dans sa sphère professionnelle.

Une question de recevabilité

La défense de M. Dayez contestait la constitution de partie civile du CFFB, estimant qu'il n'avait pas qualité à aller en justice pour une affaire de sexisme si la victime ne le saisissait pas elle-même.

C'était là une question essentielle car, si le tribunal suivait la défense, il ne pouvait que déclarer les poursuites irrecevables. Jurisprudence et doctrine à l'appui, le tribunal a estimé les poursuites irrecevables. Le juge a encore souligné que le CFFB n'apportait pas la preuve du délit ou du dommage.

"Je n'ai subi aucun rappel à l'ordre, aucune sanction de la RTBF. Je suis content d'avoir traversé tout cela. Je continue à faire mon métier, calmement, posément. C'est là ma principale victoire", a réagi M. Dayez à l'issue du jugement.

De son côté, Sylvie Lausberg, présidente du Conseil des femmes francophones de Belgique, insistait : "Si nous avons esté en justice, c'est parce que l'on sait que les femmes qui subissent un dommage sexiste ne se rendent pas compte immédiatement de l'effet sur leur vie. Il est important que l'on comprenne que les insultes sexistes n'ont pas seulement un effet sur le moment même. Cela a un effet ricochet sur la vie des femmes."

J. La.

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