Le patron de Thalys : "La troisième vague a été terrible"
Il faudra encore du temps avant que les trains à grande vitesse retrouvent leur rythme de croisière.

- Publié le 14-06-2021 à 20h19
- Mis à jour le 14-06-2021 à 20h17

Entretien Raphaël Meulders Deux jours. C'est le temps que mit le premier train pour relier Paris à Bruxelles. C'était le 14 juin 1846, soit il y a 175 ans. Aujourd'hui, avec le train à grande vitesse Thalys, il faut une heure et vingt-deux minutes pour aller de la capitale française à sa consœur belge. Enfin, peut-être un peu plus en cette période de Covid-19 où les contrôles de tests négatifs et autres prennent un certain temps. "Cela reste assez fluide, notamment parce que nous avons encore peu de passagers, nuance Bertrand Gosselin, le patron de Thalys. Sur l'essentiel de nos destinations, sauf pour les Pays-Bas, les contrôles se font à l'arrivée et non au départ. Certains voyageurs qui n'étaient pas en ordre ont ainsi été refoulés ou ont dû payer une amende une fois arrivés à destination. Mais le certificat sanitaire européen qui arrive le 1er juillet devrait résoudre pas mal de problèmes."
Il y a encore beaucoup d'incertitudes par rapport à ce certificat sanitaire européen, notamment sur les modalités de contrôles. En savez-vous plus ?
À chaque jour suffit sa peine. C'est vrai que nous n'avons pas encore toutes les informations et qu'il reste quelques petits problèmes techniques à régler, mais, au moins, on va dans le bon sens. On a vécu une désharmonisation durant 18 mois et on a un outil qui va enfin permettre des contrôles harmonisés.
Les gens recommencent-ils à voyager avec Thalys ?
Oui, lentement. On va passer à 11 fréquences, aller-retour, par jour entre Paris-Bruxelles, contre 22 avant la crise. On était encore à 30 % la semaine dernière. On passe aussi à six fréquences entre Paris et Amsterdam et deux fréquences entre Paris et l'Allemagne. L'ambition est de monter à 70 % de notre capacité habituelle cet été et 80 % en septembre. Ensuite, dès qu'on pourra remettre des trains pour arriver à 100 %, on le refera. Ce sera sans doute le cas début 2022. Mais ces trains ne seront pas encore remplis comme auparavant : on devrait revenir au trafic d'avant-crise vers la fin 2023, voire le début 2024. L'objectif est aussi d'être à nouveau rentable en 2022, ce qui ne sera pas encore le cas cette année. On aura encore des pertes.
Vous revenez de loin…
La pire période a été fin 2020 et au premier semestre de cette année. La troisième vague a été terrible. On a été sur des revenus et un trafic de l'ordre de -90 %, voire -95 %. En novembre, on n'était même plus qu'à deux fréquences par jour entre Paris et Bruxelles. Mais on a toujours voulu maintenir un lien entre les deux capitales pour les voyages considérés comme essentiels.
Avez-vous été proches de la faillite ?
Non, car nous avions une bonne santé financière avant la crise et que nous avons mené un plan d'économie drastique, avec près de 300 millions d'euros de réduction de dépenses sur deux ans. Cela est passé par le chômage économique, mais aussi par une diminution du nombre de postes, et le renoncement à certains projets, entre autres. Cela nous a permis de tenir pendant un an. Mais il y a trois mois, nous sommes arrivés dans une situation difficile. Ce qui nous a obligés à aller voir les banques pour demander un emprunt de 120 millions d'euros. On vient de lever une première tranche de 55 millions d'euros, ce qui devrait nous permettre de tenir et de sécuriser notre avenir.
Donc, vous n'avez eu besoin d'aucune aide de l'État ?
Non, ni aide ni garantie de l'État. Cela a été un signal très positif pour nous. Les banques ont cru en nous et au futur du transport ferroviaire à grande vitesse. Elles n'ont eu aucun problème à nous prêter cette somme, d'autant plus que c'était une première pour nous.
Ce soutien des banques vous permet-il d'aller chercher d'autres marchés ? D'aller concurrencer l'avion sur certaines destinations ?
J'aimerais bien, mais l'enjeu immédiat est de remonter. On va d'abord se concentrer sur nos marchés historiques avant de repenser à d'autres routes. Cela reste compliqué car le ferroviaire n'est pas harmonisé : on ne peut pas aller n'importe où avec le même matériel. On vient d'investir 150 millions d'euros sur la rénovation de nos trains. En septembre, on aura une première rame rénovée, avec plus de confort, plus d'informations, des toilettes à eau claire…
Allez-vous maintenir votre offre de trains low cost Izy ?
Oui, on l'a relancé il y a 15 jours. C'est bien reparti, même si on n'est pas encore au niveau d'avant-crise. Cette offre, à partir de 10 euros entre Paris et Bruxelles mais en mettant une heure en plus, est complémentaire à celle de Thalys.
