Anne Teresa De Keersmaeker émerveille l'histoire de l'art au Louvre-Lens

Scènes La chorégraphe crée "Dark Red" dans la Galerie du temps. Magnifique.

Anne Teresa De Keersmaeker émerveille l'histoire de l'art au Louvre-Lens

Critique Guy Duplat Envoyé spécial à Lens La Galerie du temps au Louvre-Lens est un espace d'un seul tenant de 3 000 m², imaginé par les architectes japonais de Sanaa où, dans une douce lumière laiteuse, sont disposés 200 chefs-d'œuvre du Louvre couvrant l'histoire de l'art depuis Sumer, il y a 5 000 ans, jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Un parcours unique dans lequel le visiteur peut circuler, entre des œuvres depuis les sculptures égyptiennes ou grecques jusqu'à Velasquez et Rubens.

Anne Teresa De Keersmaeker a créé pour ce lieu Dark Red, chorégraphie pour 13 danseurs de Rosas, de différentes générations (mêlées aux plus jeunes, on y retrouve Cynthia Loemij et Fumiyo Ikeda, danseuses historiques).

Vendredi, à 14 h précises, alors que les visiteurs déambulent dans la galerie, les danseurs apparaissent dans le haut de la salle. Pendant une heure, ils vont refaire le chemin du temps, descendre lentement, de front, l'histoire de l'art. Sur la chanson Golden Hours de Brian Eno qu'ils chantent doucement en boucle, ils avancent pas à pas, reculent, repartent, le regard fixé vers l'avant, confrontant leurs corps à l'espace et aux sculptures. Des gestes d'apparence minimaliste mais qui hypnotisent le public qui spontanément se met à suivre le groupe et faire foule avec les danseurs. Cette marche ralentie, ce temps suspendu font redécouvrir autrement ces œuvres d'art.

L'envol

Les 13 danseurs se couchent alors, serrés les uns contre les autres aux pieds d'une Diane chasseresse. Ils se retournent au sol, s'épaulent tendrement pour se relever avant de courir follement, telle une nuée d'oiseaux vers le Pavillon de verre qui prolonge la Galerie du temps et ouvre sur le paysage minier de Lens.

"C'est une communauté qui bouge en faisant respirer les espaces entre les individus. Je veux être proche de toi et je veux être loin, je veux t'aider à chuter et je veux t'aider à voler. Marcher comme un groupe avec un désir tacite d'envol", en dit ATDK.

Jouée trois fois chaque vendredi, samedi et dimanche après-midi de juin, la chorégraphie sera vue par près de 5 000 visiteurs invités à freiner le cours du temps et à résister aux injonctions contemporaines de vitesse. Ne ratez pas l'occasion, à 1h30 de Bruxelles.

Ce projet témoigne de la capacité qu'a Anne Teresa De Keersmaeker à sans cesse se remettre en question et expérimenter des formes nouvelles. Depuis Work/Travail/Arbeid au Wiels et repris dans de nombreux centres d'art, elle explore la danse au musée, comme une œuvre d'art que le public découvre comme il le ferait d'une peinture ou d'une sculpture.

Dans le projet Dark Red, elle développe pour chaque musée une forme différente, dépendant du lieu. Commencé pour l'exposition Brancusi à Bozar, Dark Red est venu au musée Kolumba de Cologne juste avant le confinement et à la Fondation Beyeler à Bâle juste après celui-ci. Chaque fois autre, chaque fois créant des émotions fortes et splendides.

"Dark Red" au Louvre-Lens, jusqu'au 27 juin, entrée gratuite mais réservation obligatoire - www.louvrelens.fr À voir aussi une très belle exposition sur l'histoire des repas des puissants, de la Mésopotamie à l'Élysée.

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