Un festival d'août préfigurera le "nouveau" Théâtre de Namur

Scènes Dernière saison pour Colpé. Virginie Demilier organise déjà un festival.

Lundi était le premier jour de Virginie Demilier dans les locaux du Théâtre de Namur où elle succède à Patrick Colpé qui le dirigeait depuis 22 ans. Lors d'une conférence de presse commune avec son prédécesseur, elle a dévoilé le festival Doux mois d'août (21 août au 5 septembre) qu'elle a construit comme une préfiguration de ce que sera sa politique artistique, qui se dévoilera totalement à partir de la saison 2022-2023, celle de 2021-2022 ayant été encore préparée par Patrick Colpé.

Le festival marque ainsi son projet de créer un lieu (virtuel) d'intersection entre le Théâtre et le Centre culturel aux Abattoirs de Bomel qui, jusqu'ici, fonctionnaient de manière séparée. Le festival se déroulera au Théâtre, dans la cour de l'école Notre-Dame et aux Abattoirs, selon un système de soirées ou matinées composées de deux spectacles (ou concerts).

On y découvrira des artistes qu'elle veut amener avec elle comme Joëlle Sambi, "slameuse poétique" qui va s'emparer par un atelier participatif des quartiers de Namur où on va peu.

Mohammed El Khatib est un exemple des artistes avec qui elle veut collaborer et qui travaillent avec des citoyens sur le long cours, et qu'elle invite à monter sur le plateau (elle cite aussi Milo Rau, le Nimis Group, Caroline Nguyen). À ce festival, il présentera C' est la vie, sur le sujet très émotionnel de deux acteurs sur scène ayant perdu leur enfant.

Désobéir de Julie Berès est un autre exemple de ce travail ancré sur l'authenticité avec quatre jeunes femmes non professionnelles mais brillantes qui clament leur révolte et leur besoin de désobéir.

Je suis une histoire d'Anthony Foladore et Simon Fransquet racontera des histoires de village (Soumagne). Et David Murgia - autre artiste qu'elle suivra - présentera son Âme des cafards.

Beaucoup de musique aussi avec un voyage en Argentine, et des concerts de Tukan, An Pierlé et Isadora. Et du hip-hop avec une Battle de danse de rue aux Abattoirs.

Du jeune public aussi avec, entre autres, un concert déambulatoire reliant de manière symbolique le Théâtre et les Abattoirs.

"Mépris et violence"

Avant de présenter sa dernière saison, Patrick Colpé a tenu à souligner d'une voix grave, ce qu'il appelle "la manière indécente, et le mépris avec lesquels les théâtres, pourtant Covid safe, ont été traités par les pouvoirs politiques". Alors que le théâtre aurait pu entre autres, aider à atténuer l'impact de la crise psychologique "quand on voit que les unités de soins psychiatriques pour les jeunes sont saturées".

Il parle même de violence institutionnelle en voyant comment "c'est la Flandre et le poids de Jan Jambon qui dictent le calendrier en autorisant l'énorme rassemblement de Tomorrowland, alors que les théâtres restent dans l'incertitude pour la saison prochaine".

Cette saison nouvelle reprend des spectacles qui auraient dû avoir lieu cette année mais furent empêchés par la crise. On y verra aussi des spectacles dont on entendra beaucoup parler, comme ceux de Fabrice Murgia (La dernière nuit du monde) et Anne-Cécile Vandalem (The Kingdom) qui seront créés à Avignon cet été, et I Silenti, le grand spectacle musical de Fabrizo Cassol autour des Roms et des peuples oubliés.

Il y aura des reprises de spectacles magnifiques que nous avions fortement applaudis : Sylvia de Fabrice Murgia autour de la poétesse Sylvia Plath, J'abandonne une partie de moi que j'adapte de Justine Lequette et Gardenia le spectacle d'une immense beauté et émotion qu'Alain Platel avait créé il y a dix ans, autour de l'histoire vraie d'artistes travestis. Il reprend aujourd'hui les mêmes, mais vieillis (l'un d'eux est mort) et avec encore plus d'émotion.

On sait Patrick Colpé très impliqué en Afrique et il le montrera en redonnant Traces, discours aux nations africaines, en programmant les merveilleux danseurs de Casablanca (de Kader Attou et Mourad Merzouki) et le groupe acrobatique de Tanger acrobatique, et en proposant ce qui s'annonce décapant : un Congo Jazz Band qui racontera, par des Congolais, notre histoire coloniale.

Parmi les créations, on verra ce que Jean-Michel Frère fera du Dîner d'Herman Koch. Mais le livre est formidable, à lire si ce n'est déjà fait.

Guy Duplat

www.theatredenamur.be

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...