"C'est le film dont je suis le plus fier"

Jeudi après-midi, Joachim Lafosse était très ému au téléphone. Depuis la veille à midi, il sait qu'il décrochera peut-être, le 17 juillet prochain, la Palme d'or avec son neuvième long métrage, Les Intranquilles. Une première pour un Belge, hors frères Dardenne, depuis bien longtemps. "Ils m'ont appelé hier pour me féliciter. C'était très touchant", confie le cinéaste bruxellois de 46 ans.

Cette sélection en Compétition est une très belle surprise pour Joachim Lafosse. "C'est bouleversant. C'est un film que j'ai envie de faire et auquel je pense depuis 30 ans, je dirais. Déjà adolescent, j'avais très envie de raconter ça. J'ai cherché, cherché, fait des films. Et depuis un échec avec mon film précédent (Continuer avec Virginie Efira en 2018, NdlR), j'ai décidé de tout changer dans mon entourage, de travailler avec des producteurs qui soient des artistes et pas des industriels. Je suis très heureux d'avoir rencontré des gens comme Eva Kuperman, Jani Thiltges et Alexandre Gavras. Tout le long des deux ans d'écriture, j'ai senti leur bienveillance, leur calme, leur acceptation des difficultés. J'ai senti que mes doutes ne les gênaient pas. On s'est toujours donné le droit de prendre le temps de sentir les choses. Cela a permis de faire naître un film que je crois très sensible et qui, après avoir ému le comité de sélection de Cannes, saura, je l'espère, émouvoir le public."

Un couple en crise

Filmant Leïla Bekhti et Damien Bonnard, Lafosse met en scène dans Les Intranquilles un couple, Leïla et Damien, dont ce dernier est atteint de troubles bipolaires. Un sujet très intime. "C'est un film autobiographique. Mais attention, ce n'est pas pour autant la vérité. J'ai essayé de faire sentir ce que j'ai ressenti, mais ce n'est pas une vérité." Comme dans L'Économie du couple en 2016, le cinéaste revient donc à nouveau sur les difficultés que traverse un couple. "Qu'est-ce qui se passe quand on se rend compte que l'autre ne pourra pas donner ce qu'on souhaite ? On arrête ou on continue ?", commente-t-il.

C'est la quatrième fois que Joachim Lafosse présentera un film à Cannes (après avoir participé, à la fin de ses études, aux Ateliers du Festival de Cannes). Après deux passages à la Quinzaine (pour Élève libre en 2008 et L'Économie du couple en 2016) et un à Un Certain Regard (pour À perdre la raison en 2012), il grimpe encore d'une marche en atteignant la Compétition. Il n'en tire pas de gloire particulière. "Ça fait trois mois que je dis que c'est le film dont je suis le plus fier et le plus heureux, bien avant d'être sélectionné à Cannes. Ça a été un tournage incroyable. Je n'ai jamais vécu ça. Le soir en partant ou le matin en arrivant, je croisais des techniciens qui me disaient combien on était en train de faire un truc incroyable. Toute l'équipe était motivée, avait envie de venir travailler le matin, parce qu'ils étaient bouleversés par ce que faisaient les acteurs. Même après neuf films, on peut se surprendre. Et j'espère que ce n'est pas fini…"

H.H.

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