"Nethys ne vendra jamais Voo au-dessous de 1,2 milliard"

CEO ad interim de Nethys Renaud Witmeur

Bruxelles - Iris: Renaud Witmeur (PS) - CEO de Nethys (ad interim) detaille la procedure de remise en vente de VOO - a Bruxelles le mercredi 27 mai 2021
©JC Guillaume

Entretien Ariane van Caloen Où en est la vente du câblo-opérateur Voo ?

Il y a encore plus de candidats qu'on ne pensait, dont de nombreux sont de qualité. Ils sont plus de 20. Le but est d'avoir une décision finale pour fin octobre. Tout se passe bien.

Vous confirmez que le prix obtenu sera au moins celui proposé par le fonds Providence, soit l'équivalent de 1,2 milliard pour 100 % du capital ?

Je vous confirme qu'on ne vendra jamais au-dessous de ce prix.

Et au-dessus ?

Le plus haut sera le mieux. Mais le prix n'est pas le seul critère qui sera retenu. Dans les autres critères importants, il y a le projet d'investissement et de développement du câble. La connectivité est un enjeu majeur. Il y a aussi des considérations liées à l'emploi. Le call center doit rester localisé en Belgique.

Quel pourcentage va céder Nethys ?

Soit 50,1 %, soit 74,9 %. Cette méthodologie est de nature à avoir plus d'offres à un prix plus élevé.

À quoi servira l'argent de la vente ?

Ce n'est pas encore déterminé. Mais n'oublions pas que, dans cette première opération, Enodia (l'actionnaire de Nethys, NdlR) rachète Brutélé. La première tranche servira dès lors à payer Brutélé, qui est valorisé aux alentours des 300 millions d'euros. Il faudra aussi payer les dettes actuelles chez Voo qui représentent environ 200 millions d'euros. C'est avec le solde et les montants qui viendront encore après qu'il est permis de construire un projet d'avenir ambitieux.

Cela fait quand même au moins 200 millions qui vont entrer dans les caisses de Nethys…

L'actionnaire devra décider quelles activités il veut développer dans le futur et il est indispensable que Nethys puisse garantir la distribution d'un dividende aux communes chaque année. Nethys a un grand pôle dans l'énergie renouvelable avec Elicio, Socofe, Publilec et donc Luminus. Aux côtés d'Ethias, il est présent à l'aéroport de Liège. Et c'est aussi un acteur dans le numérique. D'une part avec Win et d'autre part comme actionnaire minoritaire dans NRB. Je crois que personne n'envisage que Nethys se désengage de ces trois activités. Il faut aussi déterminer s'il y a des nouveaux pôles importants qui pourraient être d'intérêt général, par exemple dans l'immobilier et dans tout ce qui touche à la connectivité numérique (parc économique, école, zone grise et zone blanche) et même physique comme les projets visant à la liaison ferroviaire avec l'aéroport de Liège. Il y a aussi un besoin énorme d'investissements en énergie renouvelable. Les projets d'investissements sont de plus en lourds et les concurrents sont de plus en plus grands. Si on ne regroupe pas les forces, on risque de ne plus être éligibles à postuler dans les nouveaux parcs éoliens offshore. Avec Elicio, Socofe et SRI Environnement, on a un bon terreau pour grandir. Et puis, il faut réfléchir à s'ouvrir à d'autres acteurs, notamment privés, tant avec des partenaires financiers qu'industriels.

Cela peut prendre du temps avant de se faire…

Non ! C'est maintenant qu'il faut investir dans les nouvelles capacités de production, et les concurrents comme Total ou Engie sont là et ne vont pas attendre qu'on réfléchisse entre actionnaires publics.

Quels investissements à réaliser à l'aéroport de Liège ?

À titre personnel, je pense qu'il faut continuer à investir dans l'aéroport de Liège mais avec une stratégie qui permet de réduire les nuisances. L'aéroport s'est développé essentiellement en multipliant le tonnage qui y arrive. C'est cette activité de base qui crée le plus de nuisances. Comme c'est l'un des rares aéroports qui tournent 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, cela amène parfois les flottes les plus polluantes. À l'avenir, on ne doit plus forcément viser l'augmentation du volume, mais investir dans le traitement des marchandises. Il s'agit d'une activité riche en main-d'œuvre qui ne crée pas de nuisances. Autre axe : attirer les avions de moins en moins nuisibles. Il faut réfléchir à un plan qui rend l'aéroport plus harmonieux avec son environnement local tout en veillant à créer un maximum d'emplois.

Des communes ne voudront-elles pas recevoir de l'argent plutôt qu'investir ?

Il est clair que certaines d'entre elles vont plaider pour que tout l'argent leur revienne tout de suite. La demande est compréhensible. Nethys n'a distribué aucun dividende en 2018, 2019 et 2020. La question est de savoir si on fait maintenant un "one shot" ou si, au contraire, on porte une stratégie qui permet un dividende chaque année. Autre possibilité : un mix des deux. Ma préférence est de dégager une perspective d'investissement qui va permettre de distribuer des dividendes chaque année et d'investir dans des secteurs d'avenir tant en termes de revenus pour les communes que de créations d'emplois et de développement économique à Liège.

Vous êtes donc favorable à l'idée que des communes restent actionnaires des secteurs où les concurrents sont parfois des multinationales ?

Je ne crois pas aux schémas uniques et absolus. Je suis l'inverse d'un doctrinaire. Il y a un héritage historique à Liège qui est celui-là et qui est porteur pour le futur. Les communes peuvent être un bon actionnaire. Mais je crois aussi à une certaine mixité. Ce qui peut nuire, c'est quand on a un seul type d'acteurs concernés.

L'affaire Nethys montre quand même le risque de la gestion d'entreprises par le pouvoir public…

Il y a le même type de risque dans le privé, mais c'est vrai qu'il faut être encore plus parfait dans le public. Avec ma casquette Sogepa, j'ai déjà découvert des situations de gestion hautement plus problématiques dans le privé. Mais c'est un peu moins choquant parce que c'est de l'argent privé.

Né d'un père "plutôt conservateur et catholique" et d'une mère "plus centriste, donc plus à gauche", Renaud Witmeur (52 ans) a été attiré par le socialisme dès son adolescence. "C'était l'époque de SOS Racisme. Cela me parlait", raconte-t-il. Pendant ses études de droit, il était aussi très engagé dans le cercle de Libre Examen de l'ULB. Le Bruxellois dit avoir toujours cultivé "le refus du dogme".

Il commence sa vie professionnelle comme avocat avant d'entrer en 1997 au cabinet d'Elio Di Rupo du temps où ce dernier était ministre fédéral de l'Économie. "J'avais la conviction d'y entrer pour une période limitée." En 1999, il rejoint Rudy Demotte, autre ministre fédéral socialiste, en charge de la Santé. Un des moments forts fut le vote de la loi sur l'interdiction de fumer dans les restaurants. Il travaillera pour le ministre PS jusqu'en 2013. "Une expérience formidable. On apprend à négocier."

Son poste de chef de cabinet lui ouvre les portes du holding public wallon Sogepa, dont il devient CEO en juin 2013. En 2019, ce père de trois enfants fut candidat à la direction de WBE (Wallonie Bruxelles Enseignement), mais y renonça pour prendre la tête de Nethys, un poste mieux rémunéré. Il y fait un intérim, le temps de remettre de l'ordre dans la société liégeoise dirigée avant lui par Stéphane Moreau. Son gros dossier du moment est la vente du câblo-opérateur Voo. Quand Enodia, l'actionnaire de Nethys, aura jugé sa mission terminée, Renaud Witmeur reprendra les commandes de la Sogepa.

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...